Transphobie en augmentation: l’orage gronde derrière l’arc-en-ciel
De l’effacement des identités queer à l’augmentation des agressions, la situation pour les personnes transgenres se détériore. Dans la région aussi, cette évolution est ressentie.
Au sein de la tempête des annonces trumpiennes, les attaques contre les minorités arc-en-ciel ont pu passer inaperçues. Le président des Etats-Unis cible pourtant directement la communauté «queer» en suspendant toute étude scientifique comprenant des termes considérés comme «woke», tels que «non-binaire», «transgenre» ou même «genre». Sur les sites du gouvernement, la diversité LGBTQI+ a également été effacée. En rabotant l’acronyme par un simple LGB, l’administration américaine invisibilise les personnes transgenres, non-binaires ou intersexuées. Une communauté qui représente 1 à 3% de la population mondiale, selon une étude Ipsos menée dans 30 pays.
Cette mécanique d’exclusion fait partie d’une tendance globale. En Europe, l’Association internationale des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexuées rapporte une hausse inquiétante de la rhétorique transphobe. En Suisse, les agressions haineuses ont plus que doublé de 2022 à 2023. Selon la LGBTIQ-Helpline, 40% des signalements provenaient de personnes trans. Quant au canton de Berne, la police y enregistre 24 incidents en lien avec l’orientation sexuelle ou l’identité de genre en 2023 (première année pour laquelle les délits de haine sont répertoriés).
«L’actualité planétaire représente une véritable menace. J’hésite parfois à quitter les réseaux sociaux vu la violence et la désinformation qui s’y propagent», témoigne Alessio. A 24 ans, ce Biennois transgenre se dit chanceux. «J’ai un bon ‹passing›, ça aide. La seule fois où j’ai ressenti de la peur, j’avais été reconnu par un jeune côtoyé avant ma transition», explique-t-il tout en regardant régulièrement derrière son épaule.
Pour son ami Maxence, les discriminations augmentent même dans la région. «Parfois, des inconnus m’insultent ou se moquent gratuitement de moi. Dans mon entourage, certains confondent carrément la transidentité avec de la pédophilie ou de la zoophilie», déplore-t-il.
Le jeune homme trans relie cette évolution aux propos stigmatisants de Donald Trump. La fameuse fenêtre d’Overton en action. Ou lorsque des discours autrefois inacceptables dans l’espace public se démocratisent, normalisés par des figures politiques et des médias, jusqu’à devenir socialement acceptables, voire dominants.
Une différence qui fait peur
Une lueur d’espoir
Les deux amis préfèrent toutefois conclure sur un message d’espoir. L’un et l’autre constatent que de plus en plus de personnes se mobilisent contre les discriminations. «Au niveau mondial, je ne suis pas si optimiste. Mais, en Suisse, l’inertie des lois nous protège contre un revirement abrupt, comme aux Etats-Unis. Et sur le plan individuel, il est possible de bien s’entourer pour vivre en paix et créer du lien malgré les différences», rappelle Alessio.
SOURCE : ajour.ch/Fr