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 d’ADHEOS

Alors que le rappeur Médine, invité aux universités d’été des écologistes et de la France insoumise, se trouve empêtré dans une nouvelle polémique sur l’antisémitisme, les responsables politiques qui l’ont invité tentent de l’immuniser contre les critiques en le présentant comme un allié sûr des luttes LGBT+. Mais la réalité est loin d’être aussi rose que ce ripolinage en règle…

Ce n’est pas l’imagination qui étouffe la gauche, en cette fin d’été. Pas moins de trois partis ont ainsi eu la même idée : inviter, pour leur rentrée politique, le rappeur Médine. À l’université d’été d’Europe-Écologie Les Verts (EELV) ce jeudi 24 août, puis à celle de la France insoumise (LFI) le samedi 26, et enfin à la Fête de l’Huma du parti communiste (PCF) mi-septembre. Mais que sont-ils allés faire dans cette galère ? Coutumier des polémiques, l’artiste a remis le 11 août dix pièces dans la machine par un tweet dans lequel il qualifie l’essayiste Rachel Khan, petite-fille de juifs déportés, de “ResKHANpée”. Tollé.

Pour attester la probité de leur mascotte de l’été, qui a reconnu une “maladresse”, les responsables de la gauche qui l’a invité ont eu une idée : repeindre en rose les engagements du rappeur havrais. “Médine est quelqu’un de droit, qui s’engage contre toutes les discriminations, sur la question de l’homophobie… sur la question des discriminations contre les personnes LGBT”, a ainsi défendu, avec insistance, Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, ce mercredi 23 août au micro de France Inter. Avant elle, à la même place cinq jours plus tôt, Marine Tondelier, secrétaire nationale d’EELV, affirmait elle aussi que Médine “se sentait dans une convergence d’oppressions avec les personnes victimes d’homophobie”. Un enthousiasme qui, quand on se penche sur les faits, paraît quelque peu disproportionné…

Médine, les “tarlouzes” et le mariage pour tous

Dans une interview avec le rappeur publiée ce 22 août, le journal Paris Normandie rappelle ainsi un épisode de 2007 où l’artiste dénonçait la vision assimilationniste de l’intégration, en ces termes : “C’est abandonner son appartenance ethnique, sociale et religieuse. (…) Bref, que tu sois un musulman light, qui boit son petit verre de champagne, que tu sois un Noir qui se défrise les cheveux, qui fasse un peu tarlouze, etc.”. Un écho direct aux thèses d’Houria Bouteldja, ancienne porte-parole du Parti des indigènes de la République (PIR), que Médine a déjà soutenue et qui écrivait ceci en 2006 : “Les Blancs, lorsqu’ils se réjouissent du coming out du mâle indigène, c’est à la fois par homophobie et par racisme (…). Comme chacun sait, la tarlouze n’est pas tout à fait un homme. Ainsi, l’Arabe qui perd sa puissance virile n’est plus un homme”.

Dans Paris Normandie, donc, Médine s’excuse aujourd’hui d’avoir employé le terme “tarlouze”, et contre-attaque dès la ligne suivante : “On oublie mes prises de position courageuses de 2012 sur le mariage pour tous au moment où la plupart des politiques se drapent dans une moralité en disant qu’ils ont toujours été pour cette disposition”, assène-t-il. En réalité, le discours du Médine de 2012 était bien plus ambigu qu’il ne l’affirme, comme on peut le voir dans cette vidéo : “J’ai clairement une double position [sur le mariage pour tous] Une position spirituelle qui ne me permet pas, selon mes valeurs, de penser que c’est une bonne chose pour notre société que d’autoriser le mariage pour tous. Ma position citoyenne, sociale est différente, (…) le mariage ne devrait pas être soumis à une discrimination”, déclarait-il alors. Homophobe par le cœur mais anti-discrimination par la tête, on a connu position plus courageuse.

L’ambigu monsieur Médine

“Je ne sais pas sur quel pied danser, d’un côté, il y a des gens parfaitement respectables qui veulent obtenir certains droits et je pense qu’il ne faut pas discriminer les gens. Spirituellement, c’est différent car le modèle familial qui m’est enseigné par l’islam n’est pas celui-ci”, appuie encore Médine sur le mariage des homos, cultivant un art de l’ambiguïté qui est souvent sa marque de fabrique. “Parfois je souffle le chaud et le froid”, reconnaît-il d’ailleurs cette semaine dans Le Monde. En 2017 déjà, sur la polémique dont il avait été l’objet autour de l’illustration guerrière (un cimeterre) choisie sur son album Jihad, le plus grand combat est contre soi-même, le rappeur assumait sur clique.tv : “Tout ça dans le but de tendre un piège. Ceux qui s’arrêtent à une iconographie, à une représentation, à une image, à un style de musique sur un album de rap, sont ceux aussi qui vont certainement s’arrêter dans la rue à une origine, à une confession.”.

Alors aujourd’hui, quand l’écologiste Sandrine Rousseau croit savoir qu’il a “évolué” sur les sujets LGBT+, Médine peut facilement opiner du chef, lui qui a dit tout et son contraire sur la question. “Sandrine Rousseau a sûrement raison, tout le monde a évolué sur cette question et c’est tant mieux”, souffle-t-il ainsi au Figaro, reconnaissant donc qu’il n’a pas été toujours été un allié. Comme Gérald Darmanin et autres les repentis de la Manif pour tous, il peut désormais dénoncer “les mécanismes d’oppression qui frappent les populations LGBTQI+”. On ne va certes pas le lui reprocher, mais de là à en faire un parangon de la lutte contre l’homophobie…